Bonjour,
Je ne sais pas comment tu t'appelles, je ne sais pas si tu le sais toi-même, mais je vais quand même te parler. Te raconter tout ce que j'ai à raconter, et le mieux c'est que tu peux décider d'arrêter de lire quand tu veux. C'est quand même beau la liberté.
C'est d'ailleurs un beau mot, la liberté. Mais personne ne sait ce que ça veut dire. D'un point de vue utopique, si. La liberté, ce serait pouvoir faire ce qu'on désire. Ce qu'on aimerait. Dans le sens où notre corps nous obéirait, notre esprit aussi. La petite voix se tairait, et la seule personne qui nous contrôlerait, ce serait nous-même. Mais dans la réalité, c'est pas pareil. La liberté s'y apparente plus à des contraintes qu'on enlève. Et on appelle ça la liberté, paf. C'est un beau mot, il en jette alors on dit qu'on est libres. Mais on est pas libres, c'est juste une illusion, comme un oasis dans le désert.
Je les sens pas, ces phrases sur la liberté. Je sais ce que j'en pense, mais j'ai du mal à le formuler. J'suis p't'être trop jeune, ou alors je sais pas de quoi je parle. De toutes manières, on m'a toujours accordé la plus grande des libertés, le droit à l'expression. Je l'avoue, je suis une pourrie gâtée.
Je n'arrive plus à écrire. Ca me démange. Une semaine à regarder des feuilles blanches, à écrire mais à ne rien écrire de bien. Oh, la grammaire va très bien, mais dès que j'essaie de parler d'un sujet qui me tient un peu à coeur, tout part en cacahouètes. Tout, la grammaire, le vocabulaire, les idées. C'est pathétique.
Mon cours de français m'endort. Je n'ai même pas envie de gribouiller dans les marges, je m'endors à moitié. Je ne compte même pas les secondes, je ne fais même pas semblant de m'y intéresser. Mais j'écoute quand même, en m'endormant. En fait, tout m'endort. Le latin aussi, avec l'heure de théorie grammaticale. J'entendais vaguement la prof', et au bout d'une heure d'explications, tout ce que j'aurais été capable de vous dire, c'est le titre, incomplet, de la leçon. Ca portait sur les interrogations, vous voilà bien avancés.
Oh et j'ai réfléchi. Mon adresse IP, elle finit par 93. Je crois bien, si j'ai bien écouté ce que m'a raconté mon papa le jour où, armé d'un crayon et d'un bout de papier, il a tenté de m'expliquer le principe d'Internet, et aussi d'un disque dur. Je crois même que j'avais compris. Ca a l'air barbant, hein ? Je vais pas vous contredire, apprendre comment un disque dur fonctionne, ce n'est pas vraiment passionnant; avec Papa, ça peut l'être pourtant. Avec papa, un bout de papier et une écriture pattes de mouches.
J'écoute encore « À ton étoile ». De Yann Tiersen & Bertrand Cantat, lors d'une Black Session. C'est peut-être la dixième fois que je le répète, ça peut devenir saoûlant. D'autant plus que j'ai beau en parler, personne ne voit très bien qui est Yann Tiersen (hormis que c'est un pianiste, qu'il a fait Amélie Poulain, qu'il a écrit Monochrome que j'écoute quand je ne vais pas bien, que je l'aime beaucoup et que je vous casse les pieds avec ses duos), et peu de gens voient qui est Bertrand Cantat. Et pour couronner le tout, peu de gens voient pourquoi j'aime bien ce duo. J'ai envie de vous dire qu'il n'y a pas tellement d'explications, que je l'aime, que même enveloppée dans quatre pulls, il me donne toujours une envie de pleurer (aucun rapport avec les pulls, j'admets). Le pire étant de lire Fascination en écoutant A ton étoile. C'est pour ça qu'en général, je n'aime pas trop qu'on me regarde lire. Même en classe, je suis tellement gênée que j'agite les jambes comme si j'avais un marathon à faire. Le souci n'étant pas d'entendre ma voix, pas plus que de prononcer les mots, ni de ne pas finir essoufflée à la fin de la phrase. Non, c'est juste que j'ai tendance à rentrer un peu trop vite dans les mots. D'ailleurs à force de pleurer comme ça, pour tout et pour rien, sans savoir m'arrêter, même avec la meilleure volonté du monde, j'ai peur d'un jour oublier comment on fait.
Le manque de discernement des gens* m'agace. Je ne dis pas que je suis plus douée, notez bien, mais il paraît que c'est agaçant quand je me critique, alors bon. Vous savez, les gens ils sont là, et ils ne voient jamais quand vous n'allez pas bien. C'est peut-être moi qui le cache, je ne sais pas, mais par moments je me demande si le monde est aveugle, ou quoi ? Pas que pour le moment je n'aille pas bien. Je vais bien, je suis fatiguée, mais je souris, je ris, je bondis, je chante What became of the likely lads (mais seulement le refrain parce que le reste je sais pas). J'écoute les gens. Eux ne m'écoutent pas trop. Ou alors d'une manière tellement chiante que j'ai envie de leur foutre deux baffes et de m'en aller en claquant la porte. Je ne joue pas à la pauvre petite incomprise, j'essaie de comprendre pourquoi il y a un sourire imbécile, un désir de conquêtes quand on demande à quelqu'un ce qui ne va pas. La psychologie, c'est pas mon trip. C'est un peu comme le basket, dans le fond je trouve ça très cool, mais je suis une vraie quiche.
*Et les exceptions SONT nombreuses. Là, c'est clair ?
Mathilde.